Lancé en 2009, le projet Livelihoods-Sénégal, porté par le Fonds Carbone Livelihoods et l’ONG Océanium, a mobilisé plus de 100 000 volontaires pour replanter 80 millions de palétuviers. 10 ans après, quels enseignements retenir de ce projet à grande échelle ?

Le projet Livelihoods-Sénégal en images.

1. Les villageois ont le premier rôle

Sans la mobilisation des 100 000 volontaires issus de 450 villages de Casamance et du Siné Saloum, ce projet n’existerait pas. Toute l’ingénierie sociale du projet a consisté à sensibiliser les habitants à l’importance des mangroves pour la biodiversité et le changement climatique mais aussi pour leur quotidien. Ainsi, les villageois sont devenus eux-mêmes les acteurs du changement.

2. L’amélioration du quotidien des habitants comme moteur de restauration du capital naturel

La dégradation de l’environnement est souvent un corollaire de la pauvreté. Les villageois de Casamance et du Siné Saloum sont eux-mêmes les premières victimes de la disparition de leur mangrove. Ils se sont mobilisés pour les bénéfices qu’elle représente : plus de poissons, d’huîtres, de rizières protégées de l’eau salée. Et ils sont aujourd’hui les meilleurs gardiens des mangroves restaurées.

3. Ancrage dans la culture locale

Un projet a d’autant plus de chances de réussir qu’il est en résonnance avec la culture locale. La mangrove fait partie de l’écosystème des habitants de Casamance et du Siné Saloum, de leur quotidien, de leur imaginaire. Même lorsqu’elle avait disparu, les anciens se souvenaient des pêches de leurs pères et grands-pères. L’ONG Oceanium a su s’appuyer sur ce fond culturel et faire s’exprimer le désir de faire revivre la mangrove. Tout en luttant contre les idées reçues (notamment la croyance que la mangrove ne se replante pas) et en créant une dynamique de changement.

4. Faire simple

Il est facile de faire compliqué, plus difficile de faire simple. La force du projet est d’avoir quasiment « industrialisé » le processus de plantation afin d’avoir un modèle reproductible facilement par chaque village : mobilisation communautaire, repérage des surfaces à planter, collecte des propagules, transport, méthode de plantation, etc. Des méthodes et outils très simples développés par l’ONG ont permis à des milliers de villageois de s’impliquer en utilisant des outils et des méthodes faciles à mettre œuvre. Cette simplification combinée à une logistique très bien organisée par l’ONG est un facteur de succès du projet.

5. Voir grand

Après avoir testé avec succès le modèle sur quelques centaines d’hectares, nous nous sommes donné très vite un objectif ambitieux : replanter plus de 8 000 hectares, soit quasiment l’équivalents de la surface de Paris. Cette volonté de faire un très grand projet de restauration a été un extraordinaire facteur de mobilisation, chaque village essayant de faire mieux que son voisin, les jeunes, les groupes de femmes, les notables, toute une population s’est mise en mouvement et planté à la main 80 millions de palétuviers en 3 ans 

6. Investir sur le long-terme

Les Fonds Carbone Livelihoods investissent sur 20 ans dans des projets de reforestation.  Financer de tels projets sur 2-3 ans n’a aucun sens. Au-delà de la phase de plantation, l’appui aux communautés, la formation, le suivi du projet, la mesure du carbone et des autres impacts nécessitent un accompagnement sur la durée.

7. Pré-financer

Pour permettre à des organisations locales dépourvues de ressources financières importantes de réaliser des projets à grande échelle, il est nécessaire de préfinancer les projets. Les Fonds Livelihoods n’achètent pas de crédits carbone. Ils prennent le risque d’investir dans des projets en apportant les financements nécessaires aux différentes phases de mise en œuvre. Ultérieurement, lorsque le projet a permis de séquestrer du carbone, le fonds reçoit les crédits carbone correspondant à son investissement.

8. La finance carbone bien utilisée peut être un puissant levier

La finance carbone parfois critiquée peut contribuer à des projets à fort impact si des objectifs environnementaux et sociaux sont clairement intégrés dans le projet carbone. Les entreprises qui ont investi dans les fonds carbone Livelihoods sont fortement engagées dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre par une transformation de leurs modèles de production. En complément elles compensent les émissions qu’elles n’ont pas encore pu réduire par des projets tels que celui du Sénégal qui ont impact sur le climat et sur la pauvreté. La finance carbone permet d’établir ce lien positif entre la nécessaire transformation de grandes entreprises et un développement durable de communautés rurales pauvres. 

9. Mesure et évaluation sont beaucoup plus qu’une contrainte

Un « monitoring » extrêmement précis du projet est très utile pour piloter et corriger si nécessaire.  Un suivi de toutes les parcelles replantées identifiées par leurs coordonnées GPS, de la croissance des arbres ou des taux de mortalité est assuré dans le projet Sénégal. Le carbone stocké dans la mangrove est mesuré par des méthodologies reconnues par les organismes internationaux et audité selon les procédures des standards carbone internationaux.      

10. Restaurer ne suffit pas

La restauration des mangroves a permis de reconstruire les fondations d’un vaste écosystème. Il faudrait aller plus loin et mettre en œuvre des programmes ambitieux de restauration de milliers d’hectares de rizières aujourd’hui abandonnées lorsque les mangroves avaient disparu, former de jeunes agriculteurs, leur permettre de s’équiper. Il faudrait investir dans des stations de fumage et de transformation du poisson qui ne détruisent pas les ressources forestières de la Casamance. Et bien d’autres choses où les pouvoirs publics, les agences internationales en coopération avec le secteur privé pourraient investir.

Photos : Hellio-Vaningen/ Livelihoods Funds.

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