Fondé par Mars en juillet 2017, le Farmer Income Lab est un véhicule collaboratif qui vise à augmenter les revenus des petits exploitants agricoles, au sein de sa chaîne d’approvisionnement. Barry Parkin, Directeur du Développement Durable et de l’approvisionnement chez Mars, a joué un rôle central dans la définition de l’ambition du Farmer Income Lab pour éradiquer efficacement la pauvreté des agriculteurs. Il partage son point de vue sur les objectifs du Groupe Mars en matière de lutte contre la pauvreté et explique pourquoi la pauvreté et la lutte contre le changement climatique sont indissociables.

1. LIVELIHOODS VENTURE : Mars s’est clairement engagée à éradiquer la pauvreté dans sa chaine d’approvisionnement. Pourquoi une telle décision maintenant ? Quelle est l’ambition de Mars sur le revenu des agriculteurs ?

« Lorsque nous avons élaboré notre Plan Sustainable In Generation, nous avons essayé d’adopter une approche vraiment scientifique pour fixer les objectifs et aborder la question de la pauvreté dans nos chaînes d’approvisionnement. Fixer des objectifs climat est relativement facile : nous avons défini des objectifs pour lutter contre le changement climatique, réduire les émissions de GES, réduire la dégradation des sols.

Barry Parkin, Directeur du Développement Durable, Mars

Sur le plan socio-économique, notre approche a consisté à mettre l’accent sur les droits de l’homme, comme fondement de notre engagement. Cela nous a amenés aussi à traiter de la question des revenus des fermiers : nous avons décidé le revenu devrait être une de nos priorités. Notre conviction est que l’industrie alimentaire ne peut réussir que si toutes les parties prenantes avec lesquelles vous interagissez réussissent. Si les agriculteurs, qui sont au début de notre chaîne de valeur, ne réussissent pas ou ne sont pas durables, nous avons un problème.

Tout indiquait que nous devions prendre position sur le revenu des agriculteurs. Par conséquent, notre intention est que toutes les parties prenantes de notre chaîne d’approvisionnement élargie aient un niveau de vie décent. Cela coïncidait avec notre engagement environnemental. Nous avons considéré que les objectifs de revenu des agriculteurs étaient tout aussi importants.

Nous avons l’obligation morale et commerciale de prendre position sur le revenu des agriculteurs : si un agriculteur qui produit des matières premières pour nous vit dans la pauvreté ou l’extrême pauvreté, il ou elle fera tout ce qu’il peut pour sortir de cette situation : dans de nombreux cas, cela signifie qu’il ou elle devra cesser de cultiver ces matières premières pour nous. Il y a donc un enjeu business à traiter des revenus des petits producteurs.

2. LV : Comment pensez-vous que les objectifs de Mars d’éradiquer la pauvreté dans sa chaîne d’approvisionnement peuvent être atteints ?

« Tout d’abord, les faits montrent qu’il est extrêmement difficile d’éradiquer la paureté. Il y a eu des milliers d’initiatives, au fil des décennies, qui ont tenté de résoudre le problème et la plupart ont échoué. L’une des premières choses que nous avons faites au sein du Farmer Income Lab été de rechercher et d’examiner autant d’initiatives que possible pour déterminer celles qui avaient réussi à modifier progressivement le revenu des agriculteurs : le critère que nous avons utilisé était de doubler leur revenu. Parmi les milliers de projets que nous avons examinés, nous avons retenu moins de dix initiatives qui avaient réussi à grande échelle.

Les projets qui ont réussi à améliorer le revenu des producteurs présentaient les critères suivants : tout d’abord, ils ont redessiné la chaîne d’approvisionnement. Très souvent, cela signifiait permettre aux agriculteurs d’accéder au niveau suivant de la chaîne de valeur : par exemple, permettre à un producteur de vanille non seulement de cultiver mais aussi distiller la vanille pour augmenter la valeur de sa production. Le deuxième critère de réussite, étaient les projets qui ne se focalisaient pas uniquement sur l’amélioration de la productivité. Ceux-ci échouaient. A l’inverse, il est nécessaire d’adapter le modèle d’approvisionnement selon le contexte local.

Troisièmement, nous avons appris que, dans de nombreux cas, nous devions payer plus cher pour sortir les fermiers de la pauvreté : même en éliminant les inefficacités et en maximisant le potentiel de l’agriculteur dans certains cas, nous ne doublons pas son revenu. Donc, nous devrons fondamentalement payer plus cher. C’est ce que nous essayons de réussir avec les Fonds Livelihoods : adresser l’enjeu de la pauvreté avec une approche holistique. Par exemple, nous essayons de repenser la chaîne d’approvisionnement de la vanille, soit en signant des contrats d’achat long terme (10 ans) soit en fixant des prix plancher qui garantissent la rentabilité pour les producteurs. Les projets Livelihoods répondent parfaitement aux objectifs fixés par le Farmer Income Lab et les deux programmes sont complémentaires : le laboratoire creuse pour trouver les solutions existantes et l’approche Livelihoods qui qui déploie ces solutions sur le terrain.

3. LV : Le Farmer Income Lab, lancé par Mars, semble mener une approche innovante. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

« Tout d’abord, ce qui est innovant, est le fait même de parler de pauvreté. La plupart des entreprises évitent d’en parler. On parle de changement climatique, de dégradation des terres, droits de l’homme, mais peu ou pas de pauvreté. La première étape pour nous consistait d’accepter qu’il existait un problème et qu’il fallait commencer à en parler. Au sein du Lab, nous essayons de réunir un groupe d’organisations motivées pour répondre à ces questions complexes : Quelle est notre obligation à cet égard ? Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Comment aborder la question du prix ?

Le critère de réussite à long terme est de permettre au producteur d’accéder à un bon niveau de vie, où les enfants vont à l’école, les soins de santé sont abordables, où le prix peut amortir une mauvaise récolte ou une maladie chez un membre de la famille ».

4. LV : Mars est un investisseur et partenaire majeur du Livelihoods Fund for Family Farming (L3F). Quelle contribution attendez-vous de L3F dans la transformation de l’entreprise ?

« Le Fonds Livelihoods pour l’Agriculture Familiale est notre principal véhicule de transformation. Si nous regardons nos chiffres clés, notre chaîne d’approvisionnement élargie comprend un million d’agriculteurs et la plupart d’entre eux sont des petits exploitants vivant dans la pauvreté. Nous devons donc atteindre des centaines de milliers d’agriculteurs et nous croyons que le Fonds Livelihoods est le véhicule parfait pour générer ces impacts efficacement et à long terme. Nous retraçons le nombre de producteurs bénéficiaires et les hectares. Il s’agit d’un indicateur clé pour le passage à échelle.

Nous prévoyons de continuer d’investir et d’accélérer le changement grâce au programme L3F : passer de dizaines de milliers d’agriculteurs à des centaines de milliers. Une fois que nous avons un projet qui fonctionne bien, nous voulons le reproduire. Je nous vois investir dans ce fonds pour les cinq ou dix prochaines années. »

5. LV : Faites-vous le lien entre la lutte contre la pauvreté et la lutte contre le changement climatique ? S’agit-il de deux batailles distinctes ?

« Les deux sont liés, à bien des égards. Dans la plupart des récits, les petits exploitants agricoles tiennent le mauvais rôle vis-à-vis du changement climatique, car ils exploitent des forêts vierges, coupent des arbres et exploitent la terre. Ils ont également été décrits comme les victimes du réchauffement climatique. Dans de nombreux cas, les changements climatiques rendent l’agriculture plus difficile et, s’ils souffrent déjà de pauvreté, la situation peut devenir intenable.

Nous voulons changer le récit selon lequel les agriculteurs sont les victimes ou les déclencheurs du réchauffement. Nous voulons plutôt les aider à devenir les héros du changement climatique. Nous pouvons y parvenir, non seulement en améliorant leurs revenus, mais aussi en diversifiant leurs cultures, grâce à une approche agro-forestière. Nous pouvons les rendre plus résilients en les aidant à adopter des pratiques agricoles durables et en même temps qui séquestrent du carbone.

 C’est exactement ce que nous essayons de mettre en œuvre avec les projets du Fonds Livelihoods : mesurer les impacts environnementaux et socio-économiques au même niveau. C’est une démarche innovante et puissante. »

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Crédits photo : Livelihoods Venture.

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