L’objectif du projet Livelihoods Mont Elgon est de former 30 000 fermes familiales à des pratiques agricoles et de gestion des terres durables pour préserver la biodiversité et les ressources en eau tout en dynamisant l’économie locale. A terme, les revenus des agriculteurs seront multipliés par deux et le projet va permettre d’éviter ou de séquestrer 1 million de tonnes de gaz à effet de serre. Découvrez comment le projet Livelihoods – Mont Elgon s’appuie sur l’investissement à impact, la dynamique sociale locale et l’accès au marché pour améliorer les conditions de vie de centaines de milliers de personnes.

Des défis multidimensionnels nécessitant une coalition d’acteurs

Les flancs du Mont Elgon, situé dans l’ouest du Kenya, abritent 2 millions d’habitants. Cette zone connaît une croissance démographique de 2,6%, ce qui engendre de fortes tensions sur l’agriculture et les ressources naturelles. De plus, le Mont Elgon est l’une des principales zones de captage du Lac Victoria avec 15% de son approvisionnement en eau.

Déforestation, pratiques agricoles inefficaces, pâturage non maîtrisé, érosion des sols… : tous ces facteurs ont un impact direct sur la biodiversité et la fertilité des sols au Mont Elgon. Ils menacent aussi les ressources en eau et l’écosystème du lac Victoria, notamment à cause des sédiments charriés par les cours rivières. Le rendement des cultures et la productivité des vaches laitières sont bas et les agriculteurs n’ont pas de liens solides avec le marché pour écouler leur production. Le développement du secteur laitier est entravé par un approvisionnement très fluctuant, à la fois sur la quantité et la qualité. La fragilité des réseaux de collecte de lait ne permet pas au secteur d’exploiter tout son potentiel.

Pour surmonter ces défis simultanément, le Fonds Carbone Livelihoods, un fonds d’investissement à impact créé par des entreprises privées, a noué un partenariat avec Vi Agroforestry, une ONG avec une grande expérience au Kenya, et Brookside, le leader des produits laitiers au Kenya. Le projet Livelihoods – Mont Elgon vise à former des agriculteurs à des pratiques durables et à les connecter étroitement à Brookside pour briser le cercle vicieux de la dégradation des terres, la pauvreté et du changement climatique.

Des pratiques agricoles accessibles et reproductibles pour la sécurité alimentaire et la préservation de la biodiversité

Le projet, lancé en 2016, va toucher 30 000 fermes familiales réparties sur 35 000 hectares. Les agriculteurs sont formés à des pratiques durables et à la gestion des sols pour qu’ils puissent s’adapter aux effets du changement climatique et augmenter la productivité de leur ferme sans dégrader les ressources naturelles. Ces pratiques, qui nécessitent très peu d’investissement financier, ont déjà prouvé leur efficacité dans un projet pilote mené par Vi Agroforestry.

Parmi ces méthodes figurent:

  • La gestion des nutriments grâce au mulching et au compostage
  • La préservation des sols et de l’eau grâce par exemple à des fossés
  • Des pratiques agronomiques comme la rotation des cultures et l’interculture
  • L’agroforesterie – la plantation d’arbres dans les champs
  • Le non-labour
  • Une meilleure alimentation des animaux et la gestion des effluents
  • La gestion des nuisibles grâce à des procédés biologiques

Dynamique sociale et accès au marché pour générer de meilleurs revenus pour les agriculteurs

Le projet s’appuie sur 1 200 groupes d’agriculteurs et 15 coopératives existantes pour toucher les agriculteurs. Les formations, organisées par des équipes de terrain, se font principalement sous forme d’exercices pratiques avec des formateurs-pairs. Les coopératives sont soutenues dans la collecte de lait, la conservation et la vente. Le projet aide aussi les coopératives à développer de nouveaux services pour leurs adhérents comme des services vétérinaires et l’insémination artificielle. Ces actions ont prouvé leur efficacité car près de 15 000 agriculteurs ont déjà rejoint le projet deux ans seulement après son lancement.

De plus, la gouvernance des coopératives est renforcée afin que plus de femmes puissent participer aux prises de décision. Ainsi, 50% des agriculteurs formés grâce au projet seront des femmes.

Actuellement, la plupart des fermes de la zone produisent en moyenne 3 litres de lait par jour, avec un niveau encore plus bas pendant la saison sèche. Cette faible productivité est due à un manque d’accès à du fourrage de qualité, à de l’eau et à des races de vaches peu productives. Le projet vise à augmenter la productivité jusqu’à 6 à 9 litres par jour et par vache. Pour cela, les agriculteurs produiront du fourrage eux-mêmes dans leurs fermes pour nourrir les bêtes toute l’année et des races de vaches plus productives seront proposées grâce à une insémination artificielle de qualité. Par conséquent, la production de lait dans la région devrait être multipliée par quasiment 30 d’ici 2021. Par ailleurs, comme Brookside s’est engagée à acheter tout le lait produit dans le cadre du projet, les agriculteurs peuvent faire des plans sur le long-terme et investir dans leur ferme pour améliorer le quotidien de leur famille.

Une nouvelle méthode pour mesurer les bénéfices environnementaux du projet

Les pratiques agricoles durables, l’agroforesterie et la protection des berges des rivières contribuent à la préservation du bassin versant et du lac Victoria. La restauration des terres et la plantation d’arbres va très significativement réduire l’érosion du sol et permettra à long terme au sol de retrouver sa fertilité. Le pâturage libre, qui dégrade fortement l’écosystème, est évité car les animaux ont désormais accès à du fourrage et à de l’eau toute l’année. Le projet va aussi avoir un impact positif sur les gaz à effet de serre grâce à l’augmentation du taux de matière organique dans le sol, les arbres et la productivité des vaches. Le carbone séquestré est mesuré à travers l’augmentation de la productivité des vaches et des cultures suite à l’adoption des pratiques agricoles durables par les agriculteurs. Cette mesure est effectuée par les agriculteurs eux-mêmes qui remplissent une fiche de suivi de leurs pratiques à chaque saison. Ces données sont ensuite analysées par Vi Agroforestry et Unique Forestry and Land Use, un cabinet de conseil en environnement. La quantité de carbone séquestrée est utilisée comme indicateur des résultats générés par le projet. Cette méthode de mesure, unique en son genre et élaborée spécifiquement pour le projet Livelihoods – Mont Elgon, a été approuvée par le Gold Standard, l’un des organismes certificateurs de crédits carbone parmi les plus exigeants.

En savoir plus sur le lien sol-eau-carbone et la méthode de mesure des résultats.

Un modèle d’investissement basé sur les résultats pour créer un cercle vertueux

Le projet Livelihoods – Mont Elgon s’appuie sur un modèle d’investissement innovant. Il est financé par le Fonds Carbone Livelihoods, un fonds d’investissement à impact créé par des entreprises privées. Le fonds porte le risque de l’investissement. Brookside co-investit dans le projet et paye le fonds en fonction de volume de lait produit. L’ONG Vi Agroforestry met en œuvre les actions et en assurera le suivi pendant 10 ans. Le projet va améliorer la vie de 30 000 agriculteurs et de leur famille en générant 200 millions de dollars dans l’économie locale sur 10 ans. Il va aussi permettre de séquestrer l’équivalent d’un million de tonnes de CO2 et va contribuer à préserver l’eau et la biodiversité.

Les Fonds Livelihoods sont actuellement en train de discuter avec d’autres acteurs pour reproduire le modèle du projet Livelihoods – Mont Elgon dans d’autres pays en Afrique.

Le plan d’actions du foyer :
un outil innovant pour favoriser l’égalité homme-femme au sein des familles

Les femmes engagées dans le projet Livelihoods – Mont Elgon ont exprimé la volonté d’arriver à une meilleure répartition des tâches et des responsabilités entre hommes et femmes au sein des ménages. Un « Plan d’actions du foyer », a été mis sur pied pour les accompagner dans cet objectif. Ce plan d’actions identifie notamment les points d’amélioration quant à la charge de travail, les rôles et les responsabilités entre mari et femme. Avec cet outil, les femmes peuvent mettre en avant leurs contributions au ménage et participer activement à bâtir une vision partagée pour son développement. Par exemple, avec le Plan d’actions du foyer, mari et femme identifient différentes solutions pour alléger la charge de travail de la femme : investissement dans la production de fourrage dans la ferme, construction d’un puits… Une année seulement après sa mise en place, près de 6 000 familles se sont déjà portées volontaires pour adopter un Plan d’actions du foyer. Un pas de plus vers une plus grande égalité entre les hommes et les femmes.

Photos : Gérard Tordjman/ Livelihoods Funds.

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