Un nombre croissant d’entreprises s’engagent dans la compensation carbone. Faut-il y voir un réel progrès et un moyen efficace de contribuer aux objectifs de l’Accord de Paris sur le Climat ? Ou bien, comme l’expriment des voix critiques, une solution facile permettant aux entreprises de payer pour réduire leur empreinte carbone sans véritablement transformer leur chaîne de valeur ? Depuis 10 ans, les Fonds Carbone Livelihoods travaillent avec des entreprises et des ONG sur des projets de compensation à grande échelle. Quelles leçons peut-on en tirer ? Quels principes guident l’action de Livelihoods pour mener une démarche de compensation véritablement utile ?

Qu’est-ce que la compensation carbone ?

Qu’entend-on par « compensation carbone » ? Atteindre les objectifs fixés lors des accords de Paris en 2015 et maintenir le réchauffement moyen de notre planète en-dessous de 2°C nécessite une mobilisation de tous :  Etats, villes, entreprises, citoyens. Comme on a pu le constater lors de la dernière Conférence sur le Climat à Madrid, les Etats ont beaucoup de mal à s’accorder sur les mesures à prendre au niveau international pour accélérer la mutation vers un monde bas-carbone.

Paradoxalement, le secteur privé bouge plus rapidement. Les entreprises ont principalement deux leviers à leur disposition pour réduire fortement leur empreinte carbone. Le premier et principal levier est celui de la réduction de leurs émissions de CO2 par une transformation profonde de leur modèle économique tout au long de leur chaîne de valeur : les approvisionnements, les processus de production et de distribution, les énergies utilisées, la conception des produits et des services qu’ils mettent sur le marché.

Réduction versus compensation ? Il faut faire les deux.

Ce mouvement est en marche et il a commencé à bouleverser nos économies tout comme le fonctionnement de nos sociétés. Mais il s’agit d’une mutation qui prend du temps et la neutralité carbone ne pourra être atteinte par la seule démarche de réduction. En complément, les entreprises disposent d’un second levier : la compensation carbone, qui consiste à soutenir des programmes qui stockent du carbone ou réduisent des émissions hors ou proches de leur chaîne de valeur.

La dégradation des écosystèmes naturels et des sols libère chaque année l’équivalent de 12 milliards de tonnes de carbone dans l’atmosphère, accélérant ainsi le réchauffement climatique. A l’échelle de notre planète, la restauration d’une surface de forêts équivalente à l’Australie absorberait chaque année une quantité de CO2 équivalente à la moitié de l’effort nécessaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. 

Les écosystèmes naturels : nécessaires pour subvenir aux besoins vitaux des plus vulnérables.

Silencieusement, ces écosystèmes bien gérés constituent ou reconstituent des « puits de carbone » qui ralentissent le changement climatique. Mais ils génèrent d’autres bénéfices bien au-delà : par exemple, ils contribuent à restaurer la biodiversité qui fait face aujourd’hui à un déclin sans précédent. Et pour des millions de ruraux souvent pauvres, ils sont la base de leurs ressources vivrières : lorsque les mangroves disparaissent, le poisson ne se reproduit plus, impactant directement les populations vivant en zones côtières. La dégradation des sols se traduit par la perte de fertilité, l’érosion et dans certains cas par la désertification, avec toutes les conséquences sur le revenu des producteurs qu’elles entraînent. Agir pour restaurer ces écosystèmes contribue donc à la lutte contre la pauvreté et plus largement à sauvegarder des ressources naturelles (air, sol, eau, biodiversité) qui sont indispensables à la survie sur cette planète.

La mission que poursuivent les Fonds Livelihoods se situe précisément à l’intersection de ces enjeux climatiques et de développement durable. Les investissements réalisés répondent tous un double objectif : ralentir le changement climatique et permettre aux populations d’améliorer durablement leur « livelihoods », leurs moyens de subvenir à leurs besoins essentiels. Mais tous les projets de compensation n’ont pas cette ambition. Le développement de la compensation attire aujourd’hui de nombreux acteurs souvent intéressés par la perspective de gains financiers à plus ou moins court terme : vendeurs de crédits carbone, intermédiaires financiers, gouvernements, etc. Et les projets de compensation n’ont pas tous le même impact. Dans ce contexte, il nous semble utile de rappeler la conception de la compensation carbone telle que nous la mettons en œuvre avec les investisseurs et les partenaires des Fonds Livelihoods.

 

Restauration de mangroves en Indonésie

Agroforesterie en Inde

Foyers améliorés au Kenya

LES PILLIERS DES FONDS LIVELIHOODS POUR UNE COMPENSATION CARBONE A IMPACT

Depuis 2011, le Fonds Carbone Livelihoods soutient trois typologies de projets principales : des projets d’agroforesterie et d’agriculture régénérative (qui inclut la productivité et la restauration de la biodiversité), la reforestation et la restauration d’écosystèmes naturels clés, y compris les mangroves (les mangroves sont de puissants agents de séquestration de carbone et formes des barrières naturelles sur les zones côtières) et d’énergie rurale (les foyers améliorés distribués par Livelihoods réduit de moitié la consommation de bois, préserve les forêt et limite le changement climatique).

La finance carbone est un mécanisme puissant pour accélérer l’action climat, à condition de s’intégrer dans une stratégie solide pour transformer durablement les chaines de valeur ou réussir la transition vers un modèle économique bas carbone, tout en préservant la biodiversité. Voici les 7 piliers des Fonds Carbone Livelihoods pour réussir cette ambition :

 

1. REDUIRE LE CO2 D'ABORD

La compensation seule ne suffit pas pour atteindre la neutralité carbone. Chaque entreprise qui investit dans les Fonds Carbone Livelihoods doit s’engager dans une démarche de réduction, par la transformation de sa propre chaîne de valeur. Les crédits carbone générés par les projets Livelihoods viennent en complément, pour compenser les émissions qui n’auront pu être réduites en amont. Cette action de compensation s’intègre dans une démarche long-terme de l’entreprise pour atteindre ses objectifs de réduction du CO2.

2. LE PRINCIPE D'ADDITONNALITE

Dans le marché du carbone, le principe d’additionnalité signifie que le projet ou l’activité de compensation doivent permettre une réduction des émissions, qui n’aurait pu se faire sans le soutien financier apporté au projet. Au-delà de l’impact carbone, les projets Livelihoods génèrent des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux pour les communautés locales. Dans les zones géographiques où nous opérons, ces projets n’auraient pu passer à échelle sans l’investissement des Fonds Livelihoods. Il s’agit d’une différence principale par rapport à des projets financés par des programmes grand public tels que certaines infrastructures d’énergie renouvelable par exemple.

Cliquer ici pour en savoir plus sur la valeur ajoutée sociale et environnementale de nos projets.

3. DES CREDITS CARBONE CERTIFIES AUX PLUS HAUTS STANDARDS

Tous les projets carbone Livelihoods sont mesurés et audités par des organismes indépendants afin de fournir aux investisseurs de Livelihoods des crédits carbone certifiés aux meilleurs standards internationaux (principalement Gold Standard et  VERRA). Tous les crédits émis par Livelihoods correspondent à des séquestrations ou de réductions effectives et constatées, autrement dit jamais en anticipation de séquestrations ou réductions futures.  Les impacts sociaux et environnementaux autres que le carbone sont mesurés selon les Objectifs de Développement Durable définis par les Nations Unies.

4. LE PRE-FINANCEMENT DES PROJETS

Chaque projet Livelihoods repose sur un pré-financement accordé aux partenaires locaux (ONG, institutions publiques…) pour aider à la mise en place du projet à grande échelle. Ces montants investis en amont comprennent le financement des arbres à planter, les formations des agriculteurs pour les aider à adopter une agriculture durable, ou l’équipement en foyers améliorés qui fournissent une énergie rurale durable aux communautés les plus pauvres. Pour les Fonds Carbone Livelihoods, pré-financer signifie prendre le risque d’investir 2 à 6 millions d’euros par projet, avant que celui n’émette de crédits carbone. Il s’agit d’une démarche tout à fait distincte à un mécanisme d’achats de crédits par des acteurs qui les revendent sur le marché avec une marge.

5. POUR LES INVESTISSEURS : UNE MUTUALISATION DES RISQUES

Chaque investisseur qui soutient les Fonds Carbone Livelihoods bénéficie d’un mécanisme de mutualisation du risque financier. Chaque entreprise qui investit en capital reçoit annuellement des crédits carbone à haute valeur sociale et environnementale, au coût de production et proportionnellement au montant de son investissement. En échange, elle bénéficie d’un volume de crédits carbone diversifié, permettant de multiplier les opportunités d’investissement et à la fois de réduire les risques.

6. ENGAGES SUR LE LONG-TERME

Les projets carbone Livelihoods ont été conçus avec la conviction qu’ils doivent être menés sur le long-terme pour générer un réel impact climatique. Chaque contrat avec nos parties prenantes est signé et établi sur 10 à 20 ans. Sur toute la durée de vie du projet, les investisseurs reçoivent chaque année les crédits carbone générés par les projets, ce qui les aide à atteindre leurs objectifs de neutralité carbone.

7. DES BENEFICES DIRECTS POUR LES COMMUNAUTES LOCALES

Ce qui distingue un projet Livelihoods est sa capacité à apporter des bénéfices directs pour les populations locales. Et ce à plus d’un niveau : amélioration de la fertilité des sols, transition vers une agriculture régénérative et des pratiques agricoles durables, restauration d’écosystèmes naturels qui sont précieux à la fois pour les besoins existentiels et les activités économiques des communautés. En ce sens, les Fonds Livelihoods ne sont propriétaires d’aucun actif sur le projet : terres, arbres ou cultures par exemple. Ce principe est un facteur de succès clé pour Livelihoods : les communautés rurales sont à la fois les acteurs de la restauration et les bénéficiaires.  Lisez l’incroyable histoire du projet Livelihoods-Araku en Inde, qui a aidé des tribus marginalisées à cultiver leur propre café de haute qualité et à le commercialiser à l’échelle internationale.

Engagés pour améliorer les moyens d’existence des communautés les plus vulnérables

La mission Livelihoods consiste à soutenir les efforts des communautés agricoles et rurales pour préserver et restaurer les écosystèmes naturels qui subviennent à leurs besoins vitaux et leurs fournissent une sécurité alimentaire sur le long-terme. Cette mission est déclinée en plusieurs leviers d’action et de directives, qui sont tous inscrits dans la Charte des Fonds Livelihoods : par exemple, construire des modèles sensiblement axés sur l’écologie, mener une approche participative, mesurer les impacts et partager les valeurs ajoutées de manière équitable.

 

ACCORD DE PARIS : SOL ET VEGETATION FONT PARTIE DE LA SOLUTION CLIMAT

Entre autres décisions, l’Accord de Paris a introduit deux nouveaux points d’étapes pour atténuer les effets du réchauffement climatique. Tout d’abord, avant l’Accord de Paris, le monde était divisé entre les pays développés, contraints d’atteindre des objectifs de réduction de leurs émissions, et les pays en développement, qui n’avaient pas d’objectif spécifique. Désormais, cela a changé. Les pays en développement ont également des objectifs de réduction à atteindre. Deuxièmement, avant l’Accord, il était demandé aux différents acteurs de se concentrer avant tout sur la réduction des émissions, et non pas particulièrement sur la préservation ou le restauration des puits de carbone (végétation, sol, …).

Si réduire aux maximum ses émissions carbone pour réduire le réchauffement reste une nécessité, l’Accord de Paris reconnaît pour la première fois l’importance stratégique de la séquestration du CO2 dans le sol et la végétation. Car après tout, même si le monde réduit radicalement ses émissions, celles-ci ne disparaîtront pas complètement à l’avenir et nous devrons toujours séquestrer les émissions restantes.

C’est dans ce cadre qu’un acteur comme le Fonds Livelihoods a un rôle majeur à jouer : depuis 10 ans, les Fonds consacrent leurs compétences et leur capacité d’investissement à investir dans les pays en développement pour séquestrer le CO2 dans le sol et la végétation, améliorer la vie de centaines de milliers de personnes en milieu rural. Cela signifie que les Fonds Livelihoods lèvent des millions d’euros chaque année pour aider les pays en développement à atteindre leurs objectifs climatiques, à protéger et à renforcer leurs puits de carbone et à améliorer la vie des populations. Grâce à l’Accord de Paris, cette approche est désormais entérinée et constitue officiellement l’une des solutions pour lutter contre le changement climatique, tout en soutenant le développement humain.

Photos : Hellio Vaningen / Livelihoods Funds.

Share This