Vous êtes-vous déjà demandé d’où vient la vanille qui sublime vos plats et parfums préférés ? Il y a 4 chances sur 5 que ce soit de Madagascar. Ceci peut sembler paradoxal lorsque l’on sait que la vanille est l’épice la plus chère après le safran et Madagascar l’un des pays les plus pauvres au monde. Même si les agriculteurs malgaches appellent la vanille « l’or vert », ils sont enfermés dans un cycle de pauvreté alimenté par une crise chronique du secteur.

D’une part, les producteurs de vanille n’ont pas suffisamment accès à des techniques agronomiques et manquent de capacité d’investissement pour produire de la vanille de bonne qualité et avoir une visibilité sur leurs ventes. Ils sont ainsi contraints de vendre leur vanille à des prix bas, ce qui les maintient dans la pauvreté. D’autre part, le coût de la vanille a été sujet à de grandes instabilités dues au manque de liquidités des fermiers. De ce fait, ils récoltent précocement la vanille, ce qui aboutit à la mauvaise qualité présente sur les marchés. Une pénurie de vanille de bonne qualité entraîne également des spéculations et augmente le risque de vol chez les agriculteurs. De plus, les phénomènes météorologiques extrêmes, comme le cyclone Enawo en mars dernier, peuvent décimer les cultures et sont une menace supplémentaire pour un système déjà fragile.

Le Fonds Livelihoods pour l’Agriculture Familiale, un fonds d’investissement d’impact (impact investing), a été fondé par Danone, Firmenich, Mars et Veolia. Son objectif est de rendre leurs chaînes d’approvisionnement plus durables tout en luttant contre la pauvreté. Grâce à son modèle d’investissement innovant, le Fonds Livelihoods vise la création d’une chaîne de valeur de la vanille plus résiliente où agriculteurs et entreprises partagent les bénéfices et les risques. Ce projet, portant sur 3 000 fermes familiales, intègre des solutions pour améliorer non seulement la qualité et la traçabilité de la production de vanille, mais également la sécurité alimentaire des agriculteurs ainsi que la préservation de la biodiversité. Prova, un fournisseur de Mars est un partenaire du projet. Il sera mis en œuvre par Fanamby, une ONG malgache qui possède une grande expérience de terrain avec les producteurs de vanille.

Un modèle d’investissement innovant

Danone, Firmenich, Mars et Prova achètent d’importantes quantités de vanille. En unissant leurs forces, elles peuvent déployer un modèle innovant pour transformer leur approvisionnement en vanille. Le projet Livelihoods implique aussi les autorités locales et les ONG afin de développer une solution intégrée qui ira au-delà de la production de vanille.

Tous les partenaires du projet vanille Livelihoods se sont engagés pour les dix prochaines années. Le Fonds Livelihoods pour l’Agriculture Familiale prend en charge le risque financier en pré-finançant l’ONG Fanamby et les agriculteurs pour la mise en œuvre des composantes du projet sur la production de la vanille à hauteur de 2 millions d’euros. Le Fonds Livelihoods sera graduellement remboursé à travers un mécanisme basé sur les résultats par Danone, Firmenich, Mars et Prova qui achèteront la vanille produite et bénéficieront des bienfaits plus larges du projet. Le suivi et l’évaluation du projet se feront à travers une gouvernance partagée entre tous les partenaires. Ce modèle d’investissement innovant a retenu l’intérêt d’institutions publiques. Des négociations sont en cours entre le Fonds Livelihoods et des agences de développement pour la mise en œuvre des composantes de sécurité alimentaire et de préservation de la biodiversité du projet en 2018.

Construire sur de nouvelles bases

Afin de surmonter les problèmes très enracinés dans le secteur de la vanille, les partenaires du projet Livelihoods ont décidé de travailler hors de la Sava, région qui concentre l’essentiel de la production à Madagascar. Le marché est immédiatement déstabilisé lorsque les cyclones ou la sècheresse s’abattent sur la Sava. Une nouvelle zone de production permettra aux entreprises de mieux résister à ces aléas tout en redynamisant des villages isolés.
La vanille était déjà produite dans la zone choisie pour le projet. Les agriculteurs ont délaissé cette culture lorsque les prix étaient aux plus bas. Ils ont été les premiers touchés par la crise en raison de leur isolement, donc leur éloignement du marché. Une meilleure organisation des producteurs et une chaîne de valeur de la vanille plus résiliente offriront des perspectives économiques sur le long terme aux agriculteurs, leur permettant ainsi d’améliorer durablement leurs conditions de vie.
De plus, avec l’appui des autorités locales, le projet vanille Livelihoods proposera des solutions pour lutter contre le vol de vanille verte. Ces vols croissent à un rythme alarmant et génèrent des problèmes majeurs dans les communautés locales. Les jeunes, souvent impliqués dans les vols pour pallier leur manque de revenus, auront des opportunités d’emploi dans les pépinières, la logistique ou la transformation de la vanille. Les autorités locales seront en charge de la prévention des vols et s’assureront que le cadre légal de la récolte, de la vente et de la transformation de la vanille est bien respecté par les agriculteurs.

Les fermiers deviennent leur propre patron

Même si les prix de la vanille ont atteint des sommets, la plupart des agriculteurs n’en reçoivent qu’une toute petite partie (5 à 20%). La plus grande partie de la valeur revient aux intermédiaires qui gèrent le processus de transformation de la gousse de vanille verte en vanille brune (en savoir plus sur ce processus). Avec le projet vanille Livelihoods, les agriculteurs vont redevenir les acteurs principaux de la chaîne.

Une coopérative, détenue par les agriculteurs eux-mêmes, sera structurée avec l’ONG Fanamby. Elle mettra les producteurs en relation directe avec le marché et gérera la collecte, la transformation et la vente de la vanille. Par conséquent, environ 60% de la valeur de la vanille transformée reviendra aux agriculteurs (le reste étant dédié à la transformation).
Les agriculteurs du projet seront formés aux pratiques durables pendant 5 ans. Ces pratiques ont pour but d’augmenter la production et la qualité de la vanille grâce à des techniques d’agroforesterie. Ils recevront également du matériel de plantation et des services afin de renforcer leurs exploitations agricoles. Grâce à une meilleure productivité et un marché sécurisé, le revenu des agriculteurs devrait tripler et la qualité de la vanille augmenter pour atteindre le niveau d’avant la crise. L’autonomie des agriculteurs, une chaîne de valeur transparente et des ventes sécurisées permettront de réduire les comportements spéculatifs grâce à une visibilité à long terme pour les agriculteurs comme pour les entreprises.

Production de vanille avec des techniques d’agroforesterie.

Des agriculteurs et un environnement en bonne santé pour une vanille de qualité

Madagascar a le quatrième taux de malnutrition chronique le plus élevé au monde . La production de riz, la culture principale de l’Île, n’est pas suffisante pour satisfaire la demande. Le projet intégrera donc une composante sur la production de riz et la diversification des cultures pour un meilleur équilibre alimentaire des fermiers et de leurs familles.

Dans le cadre du projet vanille Livelihoods, des pratiques agricoles durables seront mises en place sur environ 6 000 hectares pour la production de vanille et de riz. De plus, le projet contribuera à la protection d’une forêt tropicale unique qui abrite des espèces indigènes seulement présentes dans cette zone de Madagascar. La déforestation illégale et les pratiques d’abatis brûlis, pratiquées par les agriculteurs pour compléter leurs maigres revenus, mettent cette forêt en danger. Le projet Livelihoods proposera aux agriculteurs des opportunités économiques alternatives, tels que la production de clous de girofle et l’élevage de volailles, afin de préserver ce territoire.

De nouveaux projets englobant l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs, la protection de l’environnement et l’approvisionnement durable des entreprises seront lancés dans les prochains mois par le Fonds Livelihoods.

A lire aussi :

Regards croisés d’une ONG et d’un industriel sur le projet vanille Livelihoods à Madagascar

Interview de Serge Rajaobelina, Président de l’ONG Fanamby, et de Dominique Roques, Directeur partenariats et promotion des ingrédients naturels de Firmenich.

Lire l'interview

La production de vanille : patience et précision

De la récolte à la mise en vente sur le marché, la vanille verte doit être “préparée” lors d’un processus qui dure environ 6 mois pour devenir les gousses brunes que nous connaissons.

Découvrez les étapes de préparation de la vanille

[1] http://www1.wfp.org/countries/madagascar

Photos : Mika Andrianoelison ; Firmenich ; dr322 ; Unclesam.

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